Jeudi, 23 mai 2013

Categorie » Bien commun

Le bien commun à l'ordre du jour planétaire (1)

Quelque chose est-il en train de bouger dans les discussions sur l’environnement et les changements climatiques ? Posée autrement la question pourrait être : est-il encore possible de remettre en question le nouvel ordre mondial de l’environnement mis en place à Kyoto et confirmé à Cancun par les pays industrialisés qui voudraient institutionnaliser une fois pour toutes leur vision et modèle de « capitalisme vert »? C’est l’enjeu de la série de conférences sur les changements climatiques inscrites dans un calendrier serré qui culminera à la conférence de Rio+20 en 2012 au Brésil, après celle de Bangkok qui vient de s’achever, et celle de Durban en novembre de cette année.

La deuxième journée internationale de la Mère Terre sera célébrée le 22 avril. C’est la date qu’a choisie la Bolivie pour faire discuter par l’ONU sa proposition de faire reconnaître des droits à la Terre comme ceux qu’on accorde aux humains. Depuis les réunions de Cancun et de Cochabamba, ce petit pays d’Amérique latine a fait du chemin dans son offensive pour mettre à l’ordre du jour les droits de Pachamama comme l’appellent les autochtones d’Amérique latine. Cette offensive diplomatique est déployée tout azimut autant dans les instances internationales qu’en faisant appel à la « diplomatie des peuples » dans les différentes rencontres de la société civile et des mouvements sociaux mondiaux. C’est ce que nous disait Pablo Solon, ambassadeur de Bolivie à l’ONU dans une entrevue au Forum Social Mondial de Dakar et c’est ce qu’il a réaffirmé à la rencontre Cochabamba +1 organisée à Montréal du 15 au 17 avril par Alternatives.

Au niveau intergouvernemental, les résultats de Bangkok sont encourageants puisque pour la première fois, les propositions boliviennes d’arriver à un accord multilatéral dans la transparence ont reçu l’appui du groupe des 77 qui compte 131 pays en développement et la Chine. Les pays latinoaméricains de l’Alba ont, eux, appuyé plus explicitement la proposition bolivienne des droits de la mère Terre. C’est d’ailleurs dans ces deux des pays les plus densément peuplés d’autochtones, l’Équateur et la Bolivie, que les gouvernements ont fait inscrire inscrire dans la constitution la notion

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de « buen vivir » (bien vivre) qui est proche du concept de bien commun.

Du côté des mouvements sociaux et de la société civile, l’idée de considérer les ressources naturelles et la planète Terre elle-même comme des biens communs s’impose de plus en plus comme la manière la plus adéquate de poser le problème, l’ouvrir au débat public et empêcher que Rio+20 soit court-circuité par les pays industrialisés et leurs solution du tout technologique. C’est la démarche de la canadienne Maude Barlow dans sa croisade pour l’accès à l’eau et sa participation au livre Les Droits de la Terre qui sera lancé New York pendant le débat de l’ONU la semaine prochaine. C’est aussi ce que reconnaît Pat Mooney cet autre militant canadien pionnier des luttes sur l’environnement et et maintenant directeur du groupe ETC.

Dans une entrevue accordée également à Dakar Pat Mooney abonde dans le sens de Pablo Solon, avec qui il collabore étroitement, et reconnaît lui aussi que l’approche par le bien commun est appropriée pour se préparer aux batailles qui s’annoncent à Rio+20. Pour lui, la grande menace qui devra être contrée à Rio est la mise en place par les pays industrialisés d’un nouveau système de gouvernance et de règles qui consacreront la mainmise des monopoles sur les ressources naturelles et les technologies par la propriété intellectuelle, et l’imposition de l’idée que les solutions technologiques (des nanotechnologies à la géo-ingénierie en passant par la biologie de synthèse) sont les seules valables pour résoudre les problèmes de changements climatiques et de l’environnement.

(à suivre)

Alain Ambrosi

 

Liens vers les vidéos :

Pablo Solon: Los retos de la sociedad civil de cara a Rio+20

Pat Mooney: The major battlegrounds shaping up for Rio+20

Sur le même sujet des biens communs on peut aussi consulter :

Isabella Lövin – Pillaging the Sea: another tragedy of the Commons

et également

IBA MAR FAYE: l’accaparement des terres en Afrique


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L’internet comme bien commun

Un manifeste pour une stratégie numérique québécoise circule depuis près de deux semaines sur le web et, relayé par les médias sociaux, commence à recueillir des appuis populaires. Nous devons accueillir avec plaisir et enthousiasme cette initiative de Communautique qui dit se faire le porte parole d’une démarche amorcée il y a déjà deux ans par plusieurs acteurs de différents milieux.

Après avoir rappelé un temps pas si lointain (1998) où le Canada était dans le peloton au niveau mondial et le Québec lançait une stratégie numérique dans laquelle il se projetait déjà comme « leader mondial » en matière de nouvelles technologies de l’information (TIC), les auteurs du Manifeste font le constat d’une véritable « fracture numérique » canadienne au plan international et québécoise au sein du Canada. Le Canada maintenant au 27ème rang sur 30 pays de l’OCDE vient après des pays comme le Portugal ou la Bulgarie en termes d’installation de la haute vitesse considérée aujourd’hui comme un service essentiel.

L’immobilisme des deux paliers de gouvernement face à cette régression est d’autant plus inexplicable , selon les auteurs , que les analyses de tous les experts et les recommandations de toutes les institutions internationales (OCDE, UIT, Conseil de l’Europe, etc.) montrent la place centrale des TIC tant dans le champ économique et culturel que dans le fonctionnement démocratique en insistant sur l’urgence de mettre en place des stratégies numériques nationales .

Dans la perspective du rapport Sciences et démocratie deux points nous semblent intéressants à noter:

  • Considérer l’internet comme un « bien commun » comme le demandent les auteurs implique d’une part une prise en charge par les usagers eux mêmes et leur participation active dans l’élaboration de la stratégie et, d’autre part, une responsabilisation du gouvernement pour encadrer et mettre en oeuvre le processus..
  • Parmi les questions auxquelles le plan numérique devrait répondre en priorité figure « L’accès ouvert et le partage des données et savoirs scientifiques »

En problématisant l’internet et son usage selon le paradigme des biens communs et de l’accès ouvert ce manifeste se rapproche d’un mouvement grandissant au plan international des ‘biens communs » qui rassemble autant les scientifiques que les usagers autour des questions des ressources naturelles mais aussi des semences, des médicaments , du partage de données et de la propriété intellectuelle. Plus près de nous cet appel nous renvoit  à  la dynamique populaire autour des gaz de schiste même si les deux questions peuvent sembler à priori très éloignées l’une de l’autre.

Car finalement, on parle de la même chose :une communauté de personnes (ici au niveau de la nation) qui s’ unit pour prendre soin d’une ressource collective et qui s’auto-organise sur un mode participatif et démocratique pour la mettre au service de l’intérêt général.


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Les droits d’auteurs à l’ère du numérique

Pour souligner la Journée mondiale de la propriété intellectuelle (célébrée le 26 avril), l’Office National du Film du Canada propose dans sa dernière lettre de diffusion de voir ou revoir : RiP : remix manifesto.

« Dans son documentaire RiP: remix manifesto, le réalisateur montréalais Brett Gaylor questionne le rôle du droit d’auteur dans l’ère numérique, en faisant tomber les barrières entre consommateurs et producteurs de culture. Une ode à la créativité qui nous invite à reconsidérer nos idées reçues sur les droits d’auteur et les rôles de moins en moins hermétiques de consommateurs et producteurs de culture à l’ère numérique. »

A voir en intégralité sur le site de l’ONF sur la page dédié RiP : remix manifesto

en attendant, la bande annonce :


Brevetabilité des gènes

Un article de Yaroslav Pigenet Brevetabilité des gènes : les Etats-Unis réouvrent le dossier traite d’un important procès aux Etats-Unis concernant la brevetabilité de la vie.  « La future décision de la cour, qui a entendu les arguments des « pros » et des « antis » brevets le mardi 2 février, pourrait à terme déboucher sur l’invalidation de milliers de brevets américains déjà déposés sur des séquences ADN « naturelles »…

D’abord publié sur le site du Manifeste pour la récupération des biens communs, cet article est repris par Rinoceros, la bibliothèque nationale pour un monde responsable et solidaire attire l’attention sur l’enjeu des gènes comme bien commun.