Par Sugio Furuyam, leader, et Kathleen Ruff, porte-parole, Délégation Solidarité Asie au Québec
Ce texte d’opinion a été publié dans La Tribune, le 7 janvier 2011
Nous sommes grandement déçus que François Vaudreuil, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), et Rodrigue Chartier, président du Syndicat national de l’amiante d’Asbestos, refusent d’appuyer le mouvement syndical international dans sa campagne pour un bannissement global de l’amiante.
La Confédération syndicale internationale (CSI) représente 160 millions de travailleurs dans 155 pays. Elle a vu trop de ses membres mourir de maladies associées à l’amiante, surtout des travailleurs de la construction. Elle appuie le grand consensus scientifique selon lequel l’amiante chrysotile cause une variété de cancers de même que l’amiantose. Il s’est avéré impossible de l’utiliser de façon sécuritaire partout dans le monde et son utilisation devrait être interdite partout.
Il importe de souligner que sur les 181 millions de tonnes d’amiante utilisées dans le monde entre 1900 et 2003, 173 millions de tonnes consistaient en de l’amiante chrysotile. Autrement dit, l’amiante chrysotile représente 95 % de tout l’amiante jamais vendu dans le monde.
Depuis la fin des années 1990, l’amiante chrysotile a représenté 100 % du commerce global en amiante.
Il est regrettable que M. Vaudreuil et M. Chartier, dans leur opinion publiée dans La Tribune du 11 décembre, aient mis de l’avant la désinformation voulant que si le Québec arrête d’exporter de l’amiante, c’est l’amiante amphibole qui sera alors utilisé. C’est complètement faux.
Il est compréhensible que M. Vaudreuil et M. Chartier veuillent soutenir des emplois pour la ville d’Asbestos. Nous soutenons aussi des emplois pour la ville d’Asbestos. Mais pas des emplois qui, comme l’a dit la Société canadienne du cancer, «vont aider à étendre l’épidémie globale de cancers associés à l’amiante et nuire à la réputation du Canada comme chef de file en santé publique».
Nous avons donc demandé au gouvernement du Québec d’investir les 58 millions $ pour créer des emplois durables pour l’avenir d’Asbestos, et non dans une industrie en faillite, moribonde et mortelle.
Nous avons d’un côté des autorités médicales réputées et de renom _ les Associations médicales canadiennes et du Québec, la Société canadienne du cancer, l’Association pour la santé publique du Québec, le Lancet, l’Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec, l’Institut national de santé publique du Québec.
Désinformation
De l’autre côté, nous avons les organisations ayant un intérêt économique dans l’amiante mais aucune crédibilité scientifique, tel que les groupes de pression pour l’amiante, soit l’Institut du chrysotile et le Mouvement pro-chrysotile.
C’est la même situation que l’on retrouvait par rapport au tabac il y a quelques décennies, avec les campagnes de désinformation et la promotion du doute quant aux méfaits du tabac, campagnes menées par l’Institut du tabac, modèle dont s’inspire d’ailleurs l’Institut du chrysotile.
Le débat scientifique sur l’amiante chrysotile est terminé. L’écrasant consensus scientifique est clair: l’amiante chrysotile nuit de façon importante à la santé humaine, ne peut être utilisée de façon sécuritaire et devrait être interdit.
C’est pourquoi le mouvement syndical global travaille avec l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail pour en finir avec toute utilisation de l’amiante. C’est pourquoi plus de 50 pays ont banni l’amiante et c’est pourquoi des pays comme le Canada et les États-Unis l’ont aussi pratiquement banni.
L’industrie québécoise de l’amiante travaille de près avec le lobby russe de l’amiante et, en disséminant de l’information trompeuse alléguant qu’il peut être utilisé de façon sécuritaire, aide grandement la Russie à exporter son amiante. Le Québec est en fait considéré comme un des plus grands obstacles aux efforts de santé publique pour mettre fin à l’utilisation de l’amiante.
Au lieu d’écouter ceux qui travaillent pour, et son payés par, l’Institut du chrysotile, tels que le Dr Jacques Dunnigan et le Dr David Bernstein dont les avis sont complètement répudiés par les organisations scientifiques de renom, MM. Vaudreuil et Chartier feraient bien d’écouter les autorités de santé du Québec de même que leurs 160 millions de frères et soeurs dans le monde syndical.
Nous réitérons notre demande au maire d’Asbestos, Hughes Grimard, qu’il s’excuse pour sa conduite choquante. Il n’a pas eu même la courtoisie de répondre à nos deux lettres dans lesquelles nous lui demandions poliment une rencontre avec les citoyens d’Asbestos. Il a plutôt procédé à des accusations non fondées et insultantes dans La Tribune, alléguant que nous sommes payés par des intérêts innommés.
Notre délégation est formée d’activistes en santé publique hautement respectés, d’un leader syndical, de victimes de l’amiante et d’une leader canadienne sur les droits humains. Des syndicats canadiens et internationaux, des organisations de victimes, des organisations oeuvrant pour bannir l’amiante et des activistes en santé ont contribué aux dépenses de voyage de la délégation, car ils considéraient essentiel que des voix de l’Asie soient entendues, puisque tout l’amiante serait envoyé en Asie.
Derniers commentaires