Samedi, 19 mai 2012

Categorie » Politiques et services publics

Instituer l’opacité !

«Plus on tient une position idéologique forte, plus on considère que les données objectives sur une réalité comptent moins que l’opinion que l’on se fait»

« Ces disparitions s’inscrivent dans une logique de réduction de l’offre de statistiques officielles du gouvernement fédéral imposée par le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day.

La mesure objective du présent est en cours d’effacement. Depuis avril 2006, Statistique Canada a mis un terme à la publication de dizaines d’analyses statistiques d’envergure dans des domaines aussi variés que les grossesses au pays, les avortements, le transport en commun, les déplacements des individus, la culture, les exportations par pays, la radiodiffusion, les télécommunications ou encore les produits chimiques industriels, a découvert Le Devoir.

… »

Pour en savoir plus Abandon d’enquêtes par Statistique Canada – Ottawa accusé «d’aveuglement volontaire», par Fabien Deglise, Le Devoir, 10 février 2012.


Les conservateurs, les statistiques et l’éthique

Une utilisation trompeuse de données statistiques bien connue est celle de trafiquer lesdites données par une présentation tape-à-l’œil qui convaincra tant les non-initiés que ceux qui survolent des graphiques sans prendre la peine de les étudier.

Dans un document intitulé Graphs For Dummies: The Troubled Geometry of Tim Hudak’s changebook, Jim Stanford du Centre canadien de politiques alternatives démonte les propositions de l’auteur du Ontario Conservative party’s changebook Platform.  Il présente ainsi son texte : « This commentary will review the layout, scaling, labelling, and proportions of every one of the 13 graphs in the changebook. »

Aussi intéressant que soit cette analyse, il apparaît particulièrement important de se souvenir qu’il y a des règles pour la présentation de données statistiques crédibles .  Voici l’encadré que l’on retrouve à la page 2 du texte.

« How to Draw a Graph

There are a few simple rules for the proper presentation of statistical information in graphical form. Most Ontarians learn these rules in high-school math. They are reinforced in early college or university education programs. They include:

  • •   Properly label the axes of the graph so the reader knows what is being measured.
  • •   Indicate the scale (units) being measured on each axis.
  • •   Be consistent in the scaling of axes, to respect proportionality in the graph. The scaling need not be linear (for example, logarithmic scaling is used in many scientific and economic applications), but it must be consistent and clearly labelled. If there are breaks in the scaling (to incorporate an outlier observation, for example), they must be clearly indicated. The axes need not start at zero, but the starting point of each axis must be identified—again so that the reader can judge proportionality.
  • •   Draw the objects on the graph (lines, bars, points) correctly, according to their true quantitative proportions. Most graphs today are generated with computer software to ensure that this occurs, but graphs can be plotted (carefully) by hand as well.
  • •   Graph objects cannot be altered (smoothed, exaggerated, etc.) from their actual values, without ample and clear warning to the reader.
  • •   Provide a complete and accurate citation for the source of data, including author, title, and publication details. This is essential so the reader can judge the reliability of the data, and to double- check findings if desired. If the author of the graph has altered or manipulated original data cited in the source note, this must be acknowledged.

A student who follows these simple rules will receive high marks for their statistical assignments. Students who consistently break these rules, on the other hand, will have their work returned — and should certainly never be put in charge of a $100 billion annual budget!  »

 

Les données statistiques sont particulièrement cruciales dans l’élaboration des politiques publiques.  Les gouvernements le savent et se servent de leur pouvoir pour les manipuler.  Souvenons-nous de la décision et de l’entêtement du gouvernement conservateur canadien de persister dans son erreur de modifier la méthodologie du recensement.  Et ça continue !  On annonçait récemment la démission de l’analyste économique en chef de Statistique Canada.  Philip Cross quitte ses fonctions après 36 ans en faisant part de ses craintes que les débats internes soient étouffés dans l’agence gouvernementale.

Statscan’s chief economic analyst quits, par Tavia Grant, Globe and Mail, 1er février 2012


Minières – miser sur notre richesse collective

Redevances minières au Québec – Pour un partage équitable de la richesse

« Le régime actuel de redevances laisse une trop grande part des profits aux minières, lésant ainsi les propriétaires de la ressource, les citoyens du Québec. »

Dans une lettre ouverte, le professeur Yvan Allaire, présente son analyse du rendement que les Québécois devraient exiger de la mise en valeur de leur richesse collective des Québécois que sont les ressources minières.  Comparant les rendements dans plusieurs secteurs d’activités, il démontra la nécessité de revoir le modèle de développement et le système de redevances de manière à favoriser une partage plus équitable des bénéfices et à faire profiter les Québécois de la conjoncture actuelle.


Éducation et savoirs

Quel est le véritable rôle de l’université ?  Participer au partage du savoir pour le bien-être de toutes et tous ou nourrir le système productiviste ?


Bourse de Toronto et paradis fiscaux

L’augmentation des dettes publiques qui font régulièrement la manchette dans la plupart des pays, et de manière aigüe au Europe au cours de l’automne 2011, est directement reliée au choix – pas toujours explicite et mesuré – des états souverains de renier leurs responsabilités au regard d’une fiscalité équitable.  Les états ont systématiquement abaissé leurs exigences fiscales envers ceux qu’ils qualifient de créateurs de richesses.

Le Canada n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’agir, encourager ou de fermer les yeux, c’est selon… , afin de favoriser les pratiques douteuses.  Au moment où la volonté du gouvernement Harper de s’approprier le contrôle dans le secteur des marchés financiers (Autorité des marchés financiers) est contrée par une importante décision de la Cour suprême du Canada, qui reconnaît la responsabilité constitutionnelle des provinces, l’annonce concernant la Bourse de Toronto aux Bermudes n’est pas banale.

Dans Le Devoir du 28 décembre, une lettre ouverte signée Alain Deneault explique fort à propos les grandes lignes de la situation dans laquelle le Canada, comme la majorité des pays, se fait complice de la perte de souveraineté des citoyennes et citoyens sur les leviers essentiels à une démocratisation de l’économie.  À lire sans faute Bourse de Toronto aux Bermudes – Les liaisons dangereuses, par Alain Deneault, auteur d’Offshore et de Faire l’économie de la haine (Écosociété, 2010 et 2011) et membre au Québec d’Attac et du Réseau international pour la justice fiscale  28 décembre 2011.

* * *

Entrefilet En bref – Le Groupe TMX devient actionnaire de la Bourse des Bermudes, La Presse canadienne , 22 décembre 2011.

Et pourquoi faire Échec aux paradis fiscaux.


Crise financière, la comprendre pour agir

La crise financière et monétaire mondiale

Endettement, spéculation, austérité

Par  Louis Gill

 

En réaction à la crise financière, les gouvernements ont mis en œuvre des programmes de relance économique et des mesures de sauvetage d’établissements financiers et de grandes entreprises industrielles. Cela a gonflé leurs dépenses, alors que leurs recettes étaient diminuées par leurs politiques de réduction des impôts des plus riches et des entreprises. Un fort accroissement de l’endettement public en a résulté, ce qui a acculé des pays à une crise de la dette souveraine et menacé les banques créancières.
À peine sauvés de la faillite par les États, de grands établissements financiers ont spéculé contre certains d’entre eux, aggravant le poids du financement de leur dette et les menaçant de défaut de paiement. Des plans d’austérité draconiens ont été adoptés par de nombreux gouvernements pour « rassurer les marchés ». Les services publics de santé et d’éducation sont sous attaque. Les pensions de retraite sont dévalorisées. Le chômage atteint des sommets, le pouvoir d’achat est en baisse. La vaste majorité de la population se voit contrainte de payer la note d’une gestion financière spéculative profitant à une infime minorité. L’enjeu : quelle riposte envisager ?
Ce livre propose une analyse accessible et éclairante des rouages de l’économie financière.

 

Louis Gill a publié plusieurs ouvrages sur la théorie économique marxiste, l’économie internationale, l’économie de la dette, le partenariat social et le néolibéralisme. Il a également publié des livres et des articles sur le syndicalisme et les processus sociaux contemporains.

 

Tiré de la fiche de présentation du livre.


Investir pour contrer la pauvreté – une responsabilité gouvernementale

Le coût de la paubreté, CNBES

Dans un rapport sur le coût de la pauvreté, le Conseil national du bien-être social (CNBES) invite à revoir les approches actuelles de lutte à la pauvreté. Il propose d’investir dans la préventions et de corriger les causes profondes de la pauvreté.   Le CNBES s’appuie à la fois sur les recherches et l’expérience.

« L’organisme gouvernemental estime que les conséquences de la pauvreté coûtent annuellement 25 milliards de dollars, alors qu’il n’en faudrait que la moitié pour que tous les Canadiens puissent vivre au-dessus du seuil de la pauvreté. «Il faut arrêter de considérer l’élimination de la pauvreté comme une dépense, mais plutôt comme un investissement», déclare Glen Sepherd, membre du CNB. »

Il est d’autant plus urgent d’agir que le Canada connaît présentement une augmentation des écarts entre les riches et les pauvres qui a des effets néfastes sur l’ensemble de la société, ce que le Conference Board reconnaissait récemment.  Dans un article publié dans Le Devoir des 17 et 18 septembre, Dangereuses inégalités, Éric Desrosiers présentait les conclusions du rapport du Conference Board qui souligne que « Cette tendance, attribuable aussi bien à l’évolution du marché qu’aux politiques des gouvernements, s’avère préoccupante non seulement pour des raisons d’équité, mais également de qualité de vie et de développement économique. »

« Le Conseil national du bien-être social est un organisme qui prodigue des conseils au gouvernement fédéral sur les questions relatives à la pauvreté et sur les questions touchant les Canadiens et Canadiennes à faible revenu. Ses membres représentent toutes les régions du pays. Toutes les publications sont offertes gratuitement, et vos commentaires sont bienvenus. »

Le rapport du CNBES, disponible par Internet et version papier sur demande propose un réel renouvellement de l’approche.  Les recommandations sont les suivantes :

  • Premièrement, il faut adopter une STRATÉGIE PANCANADIENNE D’ÉRADICATiON DE LA PAUVRETÉ. Il s’agit d’un modèle de gouvernance qui énonce une vision à long terme et qui prévoit la coordination nécessaire à son bon fonctionnement. Elle détermine les personnes responsables de sa mise en œuvre, les ressources nécessaires à sa réalisation et les mesures qui témoignent de nos progrès.
  • Un PLAN D’INVESTISSEMENT DURABLE intégré à la stratégie est la clé si l’on veut renforcer les capacités humaines, éliminer les obstacles et créer des possibilités. Ce plan tient compte également de l’interdépendance des politiques et de l’évolution de la réalité des Canadiens et Canadiennes au cours de leur vie.
  • Avec un CADRE DE CONCEPTION UNIFORME, nous nous assurerons d’obtenir des retombées optimales de la gamme de politiques et programmes. Le cadre de conception devrait être fondé sur l’équité et la reconnaissance raisonnable du travail, le soutien à l’autonomie et à l’initiative, la souplesse, la simplicité et d’autres facteurs qui favorisent le développement et le bien-être des personnes.
  • Il faudrait également créer une TRIBUNE OUVERTE AUX fINS DE DISCUSSiON ET DE PRISE DE MESURES qui serait vouée à l’apprentissage continu, à l’adaptation et à l’amélioration; il s’agirait d’un lieu où les nombreux partenaires pourraient échanger des idées, des questions, des recherches, des éléments probants, des rapports d’étape et des expériences vécues.  (tiré du Résumé)

Lire aussi Rapport du Conseil national du bien-être social – La pauvreté coûte cher, de Bouchra Ouatik, Le Devoir, 29 septembre 2011.



Des médecins à la défense du régime de santé public

La stratégie de dévastation du régime de santé public pourrait avoir de graves conséquences selon des médecins québécois.  Ce n’est pas par hasard que s’est installé un cercle vicieux qui pousse constamment et systématiquement les mieux nantis vers la recherche de services dans un système privé, en plein construction.  Dans une vidéo produite par Médecins Québécois pour le Régime Public (MQRP), plusieurs médecins dénoncent l’inacceptable, dont la prétendue efficacité du secteur privé dans le domaine de la santé.  Ils n’hésitent pas à affirmer que la stratégie souterraine, de plus en plus visible au grand jour, fait croire à des faussetés.

Installée depuis les années ’90, la stratégie de dévalorisation du secteur public au moyen de coupures ciblées a produit un cercle vicieux contribuant à construire pour les compagnies d’assurances et les médecins les plus « cupides » les conditions d’une inégalité d’accès aux services et d’un bri de solidarité entre les Québécoises et les Québécois sans parler d’une augmentation des sommes consacrées aux soins de santé.  De nombreuses études montrent que privatiser les services de santé n’est pas la solution pour contrôler les coûts dans le domaine de la santé.

Extrait du site Médecins Québécois pour le Régime Public (MQRP) pour la présentation de la vidéo à voir absolument, également disponible sur Youtube.

« Un laisser-aller progressif de nos gouvernements et un sous-financement ont ouvert grand la voie à la privatisation de notre système de santé. Pendant que l’industrie privée de la santé accumule les profits, les patients paient de plus en plus de frais pour des soins pourtant médicalement nécessaires, et l’accès aux soins devient plus difficile, de plus en plus déterminé par la capacité de payer, et non par le besoin de soins. Mobilisons nous et défendons ensemble un système de santé PUBLIC et EN SANTÉ, seul système capable d’assurer un accès équitable à des soins de qualité ! »

 

Vidéo préparée par Funambules Médias pour Médecins Québécois pour le Régime Public (MQRP)

 


Recherche universitaire et autonomie des chercheurs

Le président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) accordait une entrevue à Isabelle Binggeli pour le Cahier Université du journal Le Devoir, les 23-24 avril 2011.  Sous le titre Les chercheurs ont plus à offrir que l’industrie, on y traite de l’influence des politiques de subventions sur la liberté de recherche des universitaires.

«  Les chercheurs québécois souhaitent  bénéficier d’une plus grande autonomie par rapport à l’industrie ».   Pourrait-il en être autrement alors que les subventions pour la recherche sont désormais accordées principalement en vue de soutenir directement l’industrie et le développement économique.  Il en découle que les universitaires ne peuvent offrir tout leur potentiel à la société québécoise.


L’équité femmes-hommes et le gouvernement Harper

Plusieurs sujets sont absents des débats de la campagne électorale.  Celui de la place des femmes et de l’équité femmes-hommes n’est pas le moindre de ces oublis.

Dans une lettre ouverte Élections fédérales – Les femmes et le Sénat conservateur, publiée dans Le Devoir du 26 avril 2011, Marie-Soleil Tremblay – Professeure à l’École nationale d’administration publique et Bertrand Malsch – Professeur à l’École des Hautes Études commerciales rappellent le traitement accordé au « projet de loi S-206 qui visait à assurer la parité de genre dans les conseils d’administration des compagnies canadiennes. »  Ce projet de loi a été liquidé de manière cavalière en dépit de représentations de la part d’universitaires qui  n’en auraient pas prouvé les conséquences positives au plan financier.   Vous avez bien lu. Voyez par vous-même en lisant un extrait de cette lettre :

 

« Point de vue d’universitaires

Pour soutenir l’initiative courageuse de la sénatrice Hervieux-Payette, des universitaires se sont présentés devant la commission sénatoriale pour offrir leur point de vue. À lire le compte rendu des débats, les sénateurs conservateurs semblent avoir été particulièrement déçus (ou peut-être particulièrement soulagés pour les plus misogynes) de ne pas avoir pu recevoir l’assurance absolue d’une corrélation positive du lien entre parité et performance financière. On pourrait bien sûr épiloguer sur cette déception quasi obscène de la part des supplétifs d’un parti qui poursuit par ailleurs, en dépit de toutes les évidences scientifiques, une politique environnementale désastreuse. Lorsque les femmes ont obtenu le droit de voter en 1918, a-t-il fallu prouver statistiquement l’impact sur la performance des gouvernements?

Mais là n’est pas la question. Il a été démontré qu’un sous-groupe doit composer au moins 35 % d’un groupe pour pouvoir influencer son fonctionnement et ses prises de décision. Or, cette masse critique de talents féminins est loin d’avoir été atteinte dans les entreprises canadiennes où 51 % d’entre elles comptent une femme et moins à leur conseil. Comparer la performance des conseils qui comptent une ou deux femmes à celle de ceux qui n’en comptent aucune ne permet donc pas d’éclairer le débat. De plus, l’hypothèse d’une «falaise de verre» suggère que les femmes sont plus souvent nommées à des postes d’administrateurs ou de direction dans des organisations en difficulté, augmentant leur risque d’être associées à de moins bons rendements. »

Cécile Sabourin