Samedi, 19 mai 2012

Dangers de la marchandisation des programmes d’études

Le lancement du livre La Tour de papier – L’université à quel prix ? de James E. Côté et Anton L. Allahar était l’occasion de susciter un débat sur les droits de scolarité.  L’Événement s’est tenu le 13 octobre 2001 à la Librairie Olivieri.

De gauche à droite, Laurent Viau (UQAM), Cécile Sabourin (UQAT, Économie autrement, Comité Sciences et démocratie), Michel Seymour (U. de Monréal, animateur), Françoise Naudillon (U. Concoordia, FQPPU), Louis Dumont (U. de Montréal)

Traduit de l’anglais, La Tour de papier parle expressément de la situation dans les universités du Canada anglais, là où les droits de scolarité représentent déjà un coût relativement élevé pour les étudiantes et les étudiants.  En ce sens, on pourrait penser que les propos des auteurs s’adressent moins à la situation au Québec où les frais demeurent plus modestes.  Pourtant, ce n’est pas le cas.  Au delà et en dépit de la hauteur des droits de scolarité, toutes les universités au Canada, et aux Etats-Unis, considèrent de plus en plus que leurs programmes d’études constituent des produits à vendre, faisant ainsi de la connaissance une marchandise.   On a beaucoup parlé de la commercialisation de la recherche.  La situation est-elle différente lorsqu’il s’agit de l’enseignement ?

La Tour de papier porte en fait sur les conséquences de l’intrusion du marché dans les relations entre professeurs et étudiants et chez les parents.  (voir les chapitres 2, 3 et 4).

En adoptant des pratiques de gestion qui se modèlent sur celles du milieu des affaires et en introduisant l’idée d’offre et de demande dans les transactions entre eux, leurs attentes et leurs comportements se transforment. D’une part, les études s’assimilent à l’achat d’un diplôme au meilleur coût, c’est-à-dire le moins d’efforts possible et la meilleure notation.  L’obtention du diplôme vise à obtenir un emploi payant, qui d’ailleurs n’est pas toujours au rendez-vous une fois les études terminées.  D’autre part, les prestations d’enseignement s’assimilent à la vente de services pour satisfaire un client immédiatement parfois avec l’espoir d’obtenir une bonne évaluation de ses cours.  Tous ne succombent pas à la tentation du marchandage, cependant, comme nous en informent les auteurs du livre, la présence de tels comportements est suffisamment vigoureuse pour transformer les universités.   Enfin, les auteurs abordent les attentes des parents qui ne sont pas épargnés par ces influences.

Les auteurs expriment leurs inquiétudes et surtout terminent (avec le chapitre 5) leur ouvrage en affirmant l’importance de maintenir bien vivante les finalités de l’université et  le rôle de l’enseignement supérieur dans le développement d’une société démocratique.   C’est sans surprise que les auteurs insistent en particulier sur la place que la philosophie, les lettres et les sciences humaines et sociales doivent continuer à occuper dans la formation universitaire afin d‘entretenir les valeurs critiques, démocratiques et égalitaires.  En effet, la conception marchande de la connaissance et des programmes d’études pousse à négliger les connaissances dont on ne perçoit pas une valeur commerciale immédiate.

Les droits de scolarité : un enjeu politique

Les connaissances, ne sont pas des marchandises, les études et les diplômes ne sont pas des produits industriels.  Cette constatation exige que la société dans son ensemble, le système économique et les pouvoirs publics traitent les institutions qui sont responsables de la production et de la transmission des connaissances de manière appropriée. C’est loin d’être le cas!

La question des doits de scolarité  constitue un enjeu politique.  Elle dépend de l’importance que la société dans son ensemble accorde à l’éducation comme bien public accessible à tous, c’est-à-dire que chacun puisse acquérir des connaissances et savoirs selon ses talents et développer son potentiel de manière à contribuer positivement non seulement à son propre épanouissement mais aussi au développement de la société.   En somme avoir la capacité et la volonté de faire des études supérieures et y mettre les efforts nécessaires.  En ce sens, Si l’éducation est un droit, mais obtenir un diplôme n’en est pas un.

Les études supérieures ont des finalités particulières qui ne conviennent pas à tous.  Côté et Allahar y font référence en rappelant de la dimension intellectuelle des études universitaires.

En ce moment, en insistant sur l’individualisation des bénéfices que procure un investissement dans les études universitaires, on façonne l’opinion à assimiler cet investissement à un investissement financier et à accepter l’individualisation des coûts pavant ainsi la voie à la hausse et à la différenciation des droits de scolarité selon les programmes.  Est-ce vraiment un choix de société ?

Dans les années 60, on a fait le choix de rendre accessible sur tout le territoire les écoles secondaires gratuites.  On a aussi créé un réseau de collèges accessible gratuitement dans toutes les régions, puis ce furent les universités, par le réseau des Universités du Québec à être accessibles sur tout le territoire.

En 2010, 50 ans plus tard,  l’éducation à tous les niveaux mérite-t-elle d’être banalisée comme si c’était une vulgaire marchandise, un produit industriel ?  Ou bien mérite-t-elle un véritable débat public ?  Peut-être la gratuité scolaire mérite-t-elle d’être choisie à nouveau comme priorité québécoise, cette fois jusqu’au baccalauréat pour éventuellement nous conduire à la gratuité pour tous à les cycles d’études.  En débattre collectivement en vaut certainement la peine!

Voir aussi La Tour de papier … parle aussi de la responsabilité des universités

Pour écouter les propos émis lors de la Table ronde, se brancher sur Radio Spirale, puis descendre jusqu’à Faut-il hausser les droits de scolarité  dans la colonne les événements Olivieri et télécharger


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