Démocratisation des sciences et responsabilités des scientifiques
| 10 février 2010 | Posté par Cécile Sabourin sous Opinions |
Le Comité Québec/Canada de la Charte des responsabilités humaines s’intéresse à l’initiative du Forum mondial « Sciences et démocratie » parce qu’elle converge avec le travail de réflexion et les actions déjà engagées au sujet des responsabilités humaines.
L’exercice de leurs responsabilités, par les représentants des organisations publiques et par les scientifiques, est à la base d’une marche progressive vers une réelle démocratisation du développement et de l’accès aux connaissances.
Les responsabilités spécifiques des scientifiques – dans leurs rôles de chercheurs et de professeurs – constituent trop souvent un sujet négligé, occupés qu’ils sont à « performer » au quotidien dans leurs différents milieux de travail. En particulier dans les domaines de pointe, la concurrence impose aux chercheurs des rythmes – voire une fuite en avant – qui leur laisse peu de place à l’analyse sociale et politique des impacts et des conséquences des avancées de la recherche. Si le constat s’impose dans les domaines technoscientifiques, il faut reconnaître que le développement et l’accès aux connaissances dans les domaines sociaux, culturels et politiques souffrent aussi de graves problèmes au sujet desquels les scientifiques ont des responsabilités.
L’initiative de la Charte des responsabilités humaines – au niveau international et québécois – s’est intéressée dès les années 90 à l’importance des connaissances et de la recherche scientifique pour l’avenir de la planète. Au cours des travaux et échanges les participantes et participants à cette initiative ont élaboré un projet de Charte comportant un ensemble de principes-guides dont certains sont particulièrement inspirants pour les scientifiques et les chercheurs qui ont d’énormes responsabilités au regard de la connaissance.
La Charte propose des principes pouvant guider la réflexion sur la démocratisation des connaissances, des connaissances conçues comme bien commun, développées et transmises pour le bien commun, la justice et la solidarité. Quiconque s’interroge sur la responsabilité de financer et d’orienter la recherche et sur celle de rendre accessibles à toutes et tous les connaissances pour le développement humain et celui de la planète trouve dans les principes suivants des assises pour approfondir sa réflexion.
- Le principe #3 : Assurer que toute personne ait la possibilité de réaliser au maximum son potentiel fait partie de la responsabilité. Ceci inclut autant les besoins matériels et les aspirations immatérielles, que l’engagement à soutenir le bien commun
- Le principe #7 : La liberté de la recherche scientifique implique le respect de critères éthiques tels que : la mise en valeur de la biodiversité, le respect de la dignité de la vie humaine et des formes de vie non humaines, et l’acceptation des limites des connaissances humaines
- Le principe #6 : Atteindre le plein potentiel des connaissances et des savoir-faire se fait dans la valorisation des différents systèmes de savoir et de modes de connaissances, les partageant et les mettant au service de la solidarité rassembleuse et d’une culture pluraliste de paix
- Le principe #9 : Lors de la prise de décisions sur des priorités à court terme, l’évaluation des conséquences à long terme doit se faire en accord avec des priorités éthiques de justice et de protection environnementale intergénérationnelle prenant en ligne de compte les risques et les incertitudes.
L’enjeu de la démocratisation des sciences – leur développement et leur utilisation – comporte de multiples aspects, comme l’a démontré le premier Forum mondial Science et démocratie qui s’est tenu à Belém en janvier 2009. Premier moment fort d’une initiative qui vise à voir s’imposer sur la scène internationale un véritable questionnement concernant les tendances actuelles et surtout les dérives qu’il est urgent de corriger, la rencontre de Belèm s’est conclue par l’adoption d’une déclaration. Cette déclaration finale présente l’ensemble des considérations qui ont fait consensus, c’est-à-dire les constats et questions qui constituent les assises des efforts de mobilisation sur ces enjeux.


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