Samedi, 19 mai 2012

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Sciences et démocratie à Dakar

Le Comité international responsable de la préparation du deuxième Forum Mondial Sciences et démocratie qui se tiendra à Dakar les 4 et 5 février 2011 a lancé son nouveau site et initié un appel à participation.  Toutes les personnes intéressées par le thème de la démocratisation des sciences et de la contribution des scientifiques au bien-être des populations et au développement des sociétés sont invitées à s’informer et à agir là où ils sont, tenant compte de leurs rôles, responsabilités et ressources.

Nul ne doute que les découvertes scientifiques et technoscientifiques sont déterminantes pour l’avenir de la planète et de l’humanité.  Il faut donc s’en mêler que ce soit comme citoyenne, citoyen et/ou comme professionnelle, professionnel dans la mesure où nos activités quotidiennes sont intimement liées à la recherche et à l’utilisation des résultats de recherche.

Toutes les organisations et regroupements souhaitant s’investir dans cet important champ d’action peut le faire en signant l’appel et en proposant une activité directement sur le site.


Avenir des systèmes de connaissances : un nouveau paradigme s’impose

La Commission Internationale sur l’Avenir de l’Alimentation et de l’Agriculture lançait en novembre 2009 un Manifeste sur l’avenir des systèmes de connaissance : Souveraineté de la connaissance pour une planète en bonne santé. Ce lancement a eu lieu dans le cadre d’une Conférence de l’UNESCO.

Le manifeste dénonce la marchandisation des savoirs – connaissances scientifiques et traditionnelles – par leur appropriation et leur utilisation souvent illégitimes.

On y affirme qu’« Il est temps de défendre la valeur intrinsèque de la connaissance en tant que bien commun de l’humanité auquel on doit garantir un accès libre et égal pour tous. »  Le manifeste appelle à la démocratisation des connaissances.  Celle-ci « ne peut être garantie que par une participation égale et démocratique de tous les citoyens à la construction de ces connaissances, et par une réhabilitation des savoirs traditionnels des communautés autochtones et des femmes, qui ont guidé l’évolution de l’humanité depuis des siècles.

Plaidoyer en faveur du droit fondamental des peuples, le manifeste dénonce le réductionnisme du modèle de connaissance à l’origine des crises actuelles et affirme l’urgence d’un nouveau paradigme de la connaissance.  « Une synthèse holistique entre les connaissances traditionnelles et une science moderne écologique est indispensable au retour à une planète en bonne santé.  Le monde doit être repensé autour des  interdépendances existant entre les parties du système global, sur la base du respect de la pluralité et de l’égale dignité de toutes les formes de connaissance. »

Le Manifeste peut être téléchargé à partir de plusieurs sites dont  Biens communs – Commons – Bens comuns – Bienes comunes



Démocratisation des sciences et responsabilités des scientifiques

Le Comité Québec/Canada de la Charte des responsabilités humaines s’intéresse à l’initiative du Forum mondial « Sciences et démocratie » parce qu’elle converge avec le travail de réflexion et les actions déjà engagées au sujet des responsabilités humaines.

L’exercice de leurs responsabilités, par les représentants des organisations publiques et par les scientifiques, est à la base d’une marche progressive vers une réelle démocratisation du développement et de l’accès aux connaissances.

Les responsabilités spécifiques des scientifiques – dans leurs rôles de chercheurs et de professeurs – constituent trop souvent un sujet négligé, occupés qu’ils sont à « performer » au quotidien dans leurs différents milieux de travail.  En particulier dans les domaines de pointe, la concurrence impose aux chercheurs des rythmes – voire une fuite en avant – qui leur laisse peu de place à l’analyse sociale et politique des impacts et des conséquences des avancées de la recherche.  Si le constat s’impose dans les domaines technoscientifiques, il faut reconnaître que le développement et l’accès aux connaissances dans les domaines sociaux, culturels et politiques souffrent aussi de graves problèmes au sujet desquels les scientifiques ont des responsabilités.

L’initiative de la Charte des responsabilités humaines – au niveau international et québécois – s’est intéressée dès les années 90 à l’importance des connaissances et de la recherche scientifique pour l’avenir de la planète.  Au cours des travaux et échanges les participantes et participants à cette initiative ont élaboré un projet de Charte comportant un ensemble de principes-guides dont certains sont particulièrement inspirants pour les scientifiques et les chercheurs qui ont d’énormes responsabilités au regard de la connaissance.

La Charte propose des principes pouvant guider la réflexion sur la démocratisation des connaissances, des connaissances conçues comme bien commun, développées et transmises pour le bien commun, la justice et la solidarité.  Quiconque s’interroge sur la responsabilité de financer et d’orienter la recherche et sur celle de rendre accessibles à toutes et tous les connaissances  pour le développement humain et celui de la planète trouve dans les principes suivants des assises pour approfondir sa réflexion.

  • Le principe #3 : Assurer que toute personne ait la possibilité de réaliser au maximum son potentiel fait partie de la responsabilité. Ceci inclut autant les besoins matériels et les aspirations immatérielles, que l’engagement à soutenir le bien commun
  • Le principe #7 : La liberté de la recherche scientifique implique le respect de critères éthiques tels que : la mise en valeur de la biodiversité, le respect de la dignité de la vie humaine et des formes de vie non humaines, et l’acceptation des limites des connaissances humaines
  • Le principe #6 : Atteindre le plein potentiel des connaissances et des savoir-faire se fait dans la valorisation des différents systèmes de savoir et de modes de connaissances, les partageant et les mettant au service de la solidarité rassembleuse et d’une culture pluraliste de paix
  • Le principe #9 : Lors de la prise de décisions sur des priorités à court terme, l’évaluation des conséquences à long terme doit se faire en accord avec des priorités éthiques de justice et de protection environnementale intergénérationnelle prenant en ligne de compte les risques et les incertitudes.

L’enjeu de la démocratisation des sciences – leur développement et leur utilisation – comporte de multiples aspects, comme l’a démontré le premier Forum mondial Science et démocratie qui s’est tenu à Belém en janvier 2009.   Premier moment fort d’une initiative qui vise à voir s’imposer sur la scène internationale un véritable questionnement concernant les tendances actuelles et surtout les dérives qu’il est urgent de corriger, la rencontre de Belèm s’est conclue par l’adoption d’une déclaration.   Cette déclaration finale présente l’ensemble des considérations qui ont fait consensus, c’est-à-dire les constats et questions qui constituent les assises des efforts de mobilisation sur ces enjeux.